Au hasard d’une rencontre

Salut Gilou,

On vous attend samedi soir ! Les Tissard et les Dubois seront de la partie, enfants compris. N’apporte rien, ta bonne humeur fera l’affaire et si tu veux tu pourras même chanter. Je m’occupe de tout. Tu comprends c’est mon anniversaire et pour mes 55 balais je tiens à m’assurer d’avoir le pinard que j’aime et la quantité d’huîtres qui convient à mon appétit gargantuesque. J’ai dit à Sylvie de ne pas sortir ses mélanges de noix-fruits secs-bio, pour l’apéro je veux des crasses ! Je suis en déplacement à Poitiers dans le Chatou-Poirente jusqu’à la fin de la semaine. Mon train arrive vendredi avant dix-neuf heures à Montparnasse, donc impeccable pour le match de basket de vingt heures à la Halle. Je parie pour un écart de quatre points, go Paris Basketball !

Tu sais quoi ? J’ai découvert aujourd’hui que je n’avais pas tout à fait perdu mon pouvoir de séduction…Hé oui, je ne laisse pas les femmes indifférentes, preuve à l’appui. Au diable mon arthrose aux genoux et à l’impitoyable déclin du corps !

Bon, les collègues sont là, on va diner (c’est la province ici, il est à peine dix-neuf trente !), je te raconte tout ça à mon retour.

A+

Marc

Coucou sœurette,

Trop chouette ce petit weekend à Paris ! A refaire ! Je suis certaine que tu vas t’éclater à Bruxelles ce prochain semestre. Je t’imagine avec une barquette de frites sur la Grand Place et t’envie à mort ! J’ai hâte que tu me racontes tes impressions. Tout cela me rappelle tant de bons souvenirs de mon séjour Erasmus… Que de choses se sont passées en l’espace d’un an. Me voici propulsée dans la vie active au Technopole du Futuroscope. Mon petit studio en plein centre-ville est impeccable et je suis à deux pas de Notre-Dame-la-Grande. Il parait que Poitiers regorge d’architecture romane, je décrète que tu viennes chez moi pendant les congés de la Toussaint ! Je t’envie parfois d’avoir choisi les Beaux-Arts. Quoi de mieux pour être sûre de côtoyer le Beau toute sa vie ! Quant à moi, mon esprit ultra rationnel ne pouvait me conduire qu’à des études scientifiques mais cela dit, aujourd’hui il m’est arrivé quelque chose qui me mène à penser que j’aurais peut-être pu opter pour un tout autre métier, assistante sociale, infirmière ou quelque chose de ce genre. Je me suis découvert une âme généreuse pleine d’amour pour mon prochain comme dirait Mamie. Pas facile de trouver sa voie…

Bisous bisous, Adèle

Sacré Gilou, maitre dans l’art de faire parler !

Bon allez, je te livre les détails du scoop, j’ai un peu de temps ce soir à l’hôtel. Je te décris la scène, hier matin, dans le train Paris-Poitiers, assis à côté d’une jeune femme élancée, chevelure ondulée brune, yeux lumineux, un teint de pêche, un pull vaporeux, une écharpe en cachemire assortie nouée autour du cou, le tout enveloppé dans un parfum fleuri. L’élégance cachée dans la simplicité. Elle lisait un livre en prenant des notes. Bref, la voisine de train idéale.

Quelques minutes avant l’arrivée, je me lève, enfile mon manteau, sort mon téléphone mémorise le nom de l’hôtel. A tout hasard, j’interroge ma voisine sur la direction à suivre pour m’y rendre. Je ne sais pas ce qui m’a pris, l’envie de sympathiser (ou mon parler naturel qui tient à mes origines provinciales), mais voilà qu’elle me répond très gentiment. Elle a eu l’air de réfléchir quelques secondes et m’a indiqué un numéro de bus à prendre. Il se fait qu’elle descendait aussi à Poitiers. Sur le quai elle commence à m’expliquer le trajet, puis se reprend et me dit « attendez, je vous y amène, ce sera plus simple ». Et me voici en compagnie d’une jolie jeune femme jusqu’à la sortie de la gare. Tu aurais dû voir le regard qu’elle me lançait ! On voyait vraiment qu’elle voulait prendre soin de moi ! Était-ce mon look d’homme d’affaires, ma taille imposante, ma voix grave qui rassure, ma belle gueule (!) ou un peu de tout cela qui explique qu’elle se soit éprise de moi ? Toujours est-il qu’à l’arrêt de bus, elle me montre sur le plan l’itinéraire et va même jusqu’à m’acheter le billet ! Une touche que je me dis ! Tu parles que j’étais aux anges de tant d’égard de la part d’une belle inconnue. En chemin on bavarde encore, le bus arrive, et figure-toi qu’elle monte avec moi ! « Ce n’est qu’un petit détour, je vous accompagne jusqu’à votre arrêt » !   

Je peux te dire que j’ai savouré cette charmante rencontre inopinée toute la journée. Bon sang, qu’est-ce qui fait qu’on est attirant aux yeux d’une femme ? A coup sûr il me reste quelques atouts séducteurs. Sylvie ne va pas vouloir me croire…

A+

Marc

Salut sœurette,

Tu te demandes bien ce qu’il m’est arrivé, n’est-ce pas ? Figure-toi que lundi matin dans le train de Paris, j’étais assise à côté d’un monsieur d’un certain âge très courtois en déplacement à Poitiers. En arrivant, il m’a demandé son chemin. Tu sais que je n’ai pas l’habitude de parler à des inconnus, mais il s’est adressé à moi si poliment que je n’aurais pas pu rechigner à le guider. Et puis, il paraissait tout à fait convenable. Je l’ai accompagné jusqu’à l’arrêt pour être sûre qu’il ne se perde pas, le pauvre, il n’avait pas l’air de connaitre le coin. Il souriait béatement. On a parlé de tout et de rien, il fallait bien que je lui tienne compagnie. J’en ai profité pour lui vanter les atouts de ma nouvelle ville d’adoption. Je lui ai même acheté un billet, car il n’avait probablement pas l’habitude des bornes automatiques. Tu comprends, ce n’est pas de sa génération. Finalement je me suis dit que j’avais bien dix minutes pour rendre service et je suis montée dans le bus avec lui pour m’assurer qu’il descende au bon arrêt ! Il me faisait penser à papa, avec son manteau gris foncé, ses lunettes rectangulaires et le même crâne dégarni. C’est tout bête une bonne action, non ? Je me suis sentie si bien que je me demande si je ne serais pas passée à côté d’une vocation. Tu crois que je devrais me renseigner sur les métiers des services à la personne ? Qu’en penses-tu sœurette ?

Bisous

Adèle

Eve Raguenaud

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3 commentaires sur “Au hasard d’une rencontre”

  1. Je n’ai pas commenté cette nouvelle dans le fil, je ne sais pas trop pourquoi. Je voulais te dire qu’elle est bien réussie. Nous interprétons toujours le monde avec notre subjectivité.Et ton histoire est drôle !

  2. COucou Ève !

    Je prends enfin le clavier pour lire les nouvelles des compagnons d’écriture 🙂 ! J’ai bien aimé cette nouvelle, pour la mise en page de courriel et la subjectivité qui y est représentée. Évidemment, nous croyons tous aux réalités qui nous entourent, et son lot de subjectivité ! Et au final, tes deux personnages sont heureux, Marc de penser qu’il a encore quelque succès, et Adèle, d’avoir aidé ce papy qui ne sait pas utiliser une borne (ahah !) !

    Des petites coquilles ici et là, ce qui n’est pas dans ton habitude, est-ce un fait exprès ?
    Belle journée à toi, Sabrina.

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